dimanche 15 février 2015

La nuit de l'accident

Que s'est-il réellement passé la nuit de l'accident?
Tout a démarré sur une route du Cantal en pleine campagne. Un mauvais virage qui surprend un conducteur dans la nuit et le voiture qui se précipite dans la rivière le Celé quelques mètres en contrebas. A la porte de sa ferme, Pierre, lui, a tout vu. Mais il est trop tard quand il se précipite au bord de la rivière. Le conducteur gît raide mort sur la berge. Les gendarmes du coin concluent rapidement à un banal accident. Dans les jours qui suivent, des événements viennent bouleverser la vie de Pierre et de celles des habitants du village. Le chien de Pierre est massacré, un motard fou poursuit les habitants dans les chemins creux, le vieux voisin rebouteux confond Pierre avec son oncle mort à la guerre et surtout un campeur, genre beau gosse un peu trop curieux, s'installe près de la ferme et commence à poser des questions sournoises sur l'accident. Il tourne autour de Nat la femme de Pierre et l'interroge sur cette fameuse nuit et les agissements des voisins et de Pierre.

Voilà à quoi se résume l'intrigue de ce polar "de campagnes". Le roman d'Elisa Vix est prétexte à un arrêt sur image sur des personnages rustres -certains à l'âme très noire-  et également sur les relations de ce couple en pleine crise. Pierre est un "brave" paysan, un bel homme bien bâti, un peu "taiseux". Il habite dans la ferme qu'il a hérité de ses parents, où il est né d'ailleurs. Il n'en revient toujours pas d'avoir mis dans son lit Nat la jolie rousse, vétérinaire, que le village entier semble lui envier. Pourtant il est incapable de préserver cet amour et leur relation se disloque inexorablement. Pierre doit choisir entre son amour pour sa terre et celui pour Nat. Un amour qui va le conduire à la folie.
Les personnages sont convaincants, sans trop de stéréotypes -on suppose qu' Elisa Vix a dû croiser certaines d'entre eux au cours de sa carrière de vétérinaire.

Comme dans le roman L'Hexamètre de Quintilien que j'ai lu récemment, le roman d'Elisa Vix est court et efficace finalement. Elle utilise le style d'écriture à deux voix, celle de Nat et celle de Pierre, qui permet de bien rythmer le récit et de nous conduire vers le dénouement final avec beaucoup de maîtrise.

Inévitablement, ce roman m'a rappelé ceux écrits par Sébastien Japrisot  L'Eté meurtrier et La Maison assassinée de Pierre Magnan qui ont souvent planté leur décor au fin fond des campagnes françaises et qui mettent en scène des personnages souvent très noirs, cruels pour certains et viscéralement attachés à leur terre. Mais il m'évoque aussi ceux plus récents de Sandrine Collette, que j'ai apprécie tout particulièrement en ce moment, notamment Noeud d'acier.

C'est ce que j'appelle un bon polar "casse-croûte", de ceux qu'on lit avec beaucoup de plaisir mais qui ne marque pas définitivement .

La Nuit de l'accident de Elisa Vix, aux éditions Rouergue Noir , 2012.



mercredi 21 janvier 2015

Bourlinguer dans les rues de Santiago

Rien à voir avec San Francisco, les rues de de Santiago sont celles de Santiago du Chili et celles de Santiago Quinones de la police d'investigation du Chili. Celles surtout où se déroule ce petit polar de 150 pages que j'ai lu d'un trait dans un Tgv entre Paris et Nîmes. Une lecture qui m'a coupé le souffle car en refermant ce petit roman, on a l'impression que tout s'est déroulé à une vitesse folle. De la mort de ce gamin dealer, un merdeux de quinze ans "abattu sans le vouloir véritablement" par Santiago, à la rencontre avec l'envoûtante femme aux dents mal rangées Ema Marin, et puis celle avec Riquelme l'ancien flic aux pratiques douteuses, et au final  l'escroquerie honteuse de " la grand-mère" avec cet avocat véreux... Et, sans en avoir l'air, quelle histoire d'amour ! Santiago est un vrai flic de roman noir. Il aime les femmes, Marina celle avec laquelle il vit avant de s'amouracher pour cette Ema, reine de l'arnaque, qui manipule pesos et sentiments avec dextérité.... Il aime la bouteille aussi et cède facilement devant un petit rail de poudre. Et puis Santiago aime son père. Mort et enterré dans un petit cimetière de Vina del Mar,  proche de Valparaiso, port coloré du Chili. Bref, j'ai aimé ce livre, d'une violence et d'une tendresse étourdissantes.
Voilà une nouvelle fois une jeune maison d'édition indépendante à la conquête de lecteurs, "passionnée de culture urbaine et de bourlingage en tout genre" . Alors je dis : pari tenu, pourvu que ça dure !

"Les Rues de Santiago", de Boris Quercia, traduit de l'espagnol (Chili) par Baptiste Chardon, Asphalte éditions, 2014

jeudi 15 janvier 2015

Le polar sud-africain de Wessel Ebersohn

Depuis mes années au lycée, l'histoire de l'Afrique du Sud m' a toujours beaucoup intéressée. Une séance scolaire au cinéma pour visionner le film Cry Freedom de Richard Attenborough en 1987 en est à l'origine. Depuis je n'ai pas lâché l'affaire... Et le roman policier permet une véritable intrusion dans l'histoire de ce pays. Deon Meyer et Roger Smith l'ont  prouvé à plusieurs reprises. L'alliance des deux est parfaite.

Je ne connaissais pas Wessel Ebersohn, pourtant trois romans ont déjà fait de lui un digne représentant de la littérature policière sud-africaine : Coin perdu pour mourir en 1979, La nuit divisée en 1981, et Le Cercle fermé en 1990. Il met alors en scène Yudel Gordon, un psychiatre juif affecté au service des prisons pendant les années de l'apartheid.

La tuerie d'Octobre publié en 2011 marque le retour de Yudel Gordon.
Le 22 octobre 1985, dans une ferme du Lesotho, Abigail Bukula assiste à l'âge de quinze ans au massacre de ses parents et de militants anti-apartheid au cours d'un raid organisé par un commando blanc. Elle doit la vie à un jeune soldat, Leon Lourens. Bien des années plus tard, Abigail devient haut fonctionnaire du nouveau gouvernement sud-africain, une fonctionnaire bien en vue au ministère de la Justice. C'est alors que Leon Lourens lui demande de l'aider car il se sent menacé. Chaque année, le 22 octobre, un membre du commando est assassiné. Ne restent que lui et Marinus Van Jaarsveld le chef  du commando militaire qui croupit en prison. Lourens prétend que le gouvernement cherche à régler ses comptes. Pourtant, rapidement, cette hypothèse est écartée.
Consciente de le dette qu'elle doit à ce soldat, Abigail se retrouve alors confrontée à ces vieux démons, le souvenir de l'horreur vécue au Lesotho et les évènements qui ont suivi dans la prison où était emprisonnée la poignée de survivants au massacre. C'est alors qu'elle fait appel à Yudel Gordon pour l'aider à mieux cerner le véritable assassin et l'arrêter à temps. Le psy l'aidera également à affronter des souvenirs insoutenables confinés au plus profond de son âme.

Voilà en quelques mots la trame de ce roman. Bien menée même si la première partie me semble un peu lente et le récit peine à se mettre en place. Dommage.

Mais Wessel Ebersohn s'attache surtout à décrire l'évolution de ce pays sous de nombreux aspects, à la fois avec beaucoup d'admiration -  quand il évoque le nouveau gouvernement multiraciale, (avec la présence de femmes noires), la brève rencontre avec Mandela - mais également avec beaucoup de dépit. Violences et criminalité croissantes, corruption de fonctionnaires, pauvreté des townships - que les Noirs d'Afrique du Sud n'ont pas eu les moyens de quitter - démontrent les difficultés à se répartir équitablement les parts du gâteau, au lendemain des premières élections. Encore aujourd'hui,  le combat se poursuit pour l'égalité des différentes communautés.

Wessel Ebersohn évite surtout les poncifs manichéens. Tous le noirs n'étaient pas bons - petit rappel des expéditions punitives dans les townships contre les traîtres noirs sous le régime de l'apartheid - et les blancs n'étaient pas tous des salauds cruels et en faveur de l'apartheid.
Il rappelle également que, depuis les élections démocratiques, cette nouvelle nation est loin d'avoir réglé tous ses comptes avec son passé.... Certains anciens "maîtres" convoqués devant le commission Vérité et Réconciliation sont à nouveau placés sur les plus hautes marches du pouvoir.

Bref, une écriture intelligente avec un arrêt sur images critique sur l'Afrique du sud contemporaine. Malgré tout, Wessel Ebersohn semble avoir foi en l'avenir de ce pays.

La Tuerie d'octobre, de Wessel Ebersohn traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Fabienne Duvigneau, Rivages/noir, 2014




samedi 10 janvier 2015

L'hexamètre de Quintilien

Le titre du roman peut rebuter mais il faut tenter le coup... C'est précisément ce que je me suis dit en ouvrant le roman d'Elisa Vix - j'ai une fois de plus suivi les conseils de Bernard Poirette - paru aux (excellentes)  éditions du Rouergue.

Quèsaco alors cet Hexamètre de Quintilien ? Rien de moins que le questionnaire employé par les journalistes pour cerner au plus juste un évènement. : Qui ? Où ? Quoi ? Quand? Comment ? Pourquoi ?
Je reprends donc le questionnement de Lucie,  personnage central  de ce roman, pour écrire ce billet.

QUI ? L'histoire commence de façon tragique. Un bébé sans vie est retrouvé dans une poubelle en bas d'un petit immeuble. C'est là que vit Lucie une jeune journaliste de trente ans. Témoin de la découverte du petit corps, elle reconnaît l'enfant. Il s'agit de Yanis le fils de Leila, le jeune mère célibataire du deuxième. Dans cette petite résidence, tout le monde se connaît : Pierre, urgentiste qui n'a pas quitté sa tête d'enterrement depuis la mort de sa femme et Kévin son ado de fils dépressif, Marco le playboy stéréotypé au costard Kenzo, aux chaussures italiennes et aux dents bien blanches qui dirige un Apple store, et puis Leila la maman célibataire avec deux jeunes enfants, son bébé et Sarah sa petite fille de six ans. C'est la commissaire Beethoven qui est chargé de l'enquête.
OU ?  Le roman et l'enquête se déroulent dans ce petit immeuble, presque comme une pension de famille où tout les habitants se croisent et se saluent poliment dans les escaliers, à peine plus sinon quelques menus services rendus pour dépanner, jusqu'à la macabre découverte.
QUOI ? Un bébé mort sans aucun motif.  Une mère qui avoue.
QUAND et COMMENT ? De façon horrible, le meurtrier l'a frappé au visage à multiples reprises. En pleine nuit, sans bruit.
POURQUOI ? C'est bien la question que se pose Lucie, en mal de piges, qui voit là l'opportunité d'écrire un bon papier sur les infanticides. Les questions de société lui tiennent en effet très à coeur, à l'image de Florence Aubenas qu'elle admire pour son travail de journaliste. Pourquoi c'est également ce que se demande le commissaire Beethoven, "la grosse flic", une dure à cuire qui combat " la saloperie ".

- Mais pourquoi a -t-elle fait ...ça ?
  Beethoven a haussé les épaules.
- La saloperie.
- La saloperie ?
- La saloperie de la vie. 

- Vous ne croyiez pas que j'étais si vieille, n'est-ce-pas ?
- Non, c'est vrai.
- J'ai cinquante-sept ans. J'ai pris une retraite anticipée. 
La sonnerie du four a tinté.  Je me suis levée.
- A cause de ... ai-je commencé en déposant le mug fumant devant Beethoven.
- Oui, à cause de la saloperie.

Je soupçonne l'auteur de porter la même admiration à Aubenas que Lucie tant elle aborde avec beaucoup de délicatesse, et de justesse aussi, des questions sociétales telles que la protection de l'enfance ou celle des femmes.

Par ailleurs, Elisa Vix a mis un soin tout particulier à relater la vie des ces gens ordinaires dans cet immeuble, un quotidien avec ses difficultés et ses belles rencontres, et sa cruauté parfois. Elle leur donne d'ailleurs la parole dans chacun des chapitres du roman. Et petit à petit, l'enquête conduira chaque habitant à la rencontre de son voisin.
Au milieu du roman, le récit semble alors prendre de la distance avec le meurtre et l'enquête. Pourtant il n'en est rien, Elisa Vix n'a pas pour autant négligé le côté polar de son roman noir. De façon inattendue (ou pas..)  les faits refont surface quand tout semble apaisé dans ce petit immeuble et la vérité nous explose à la face dans les dernières pages.. Une vérité dont on ne sait que faire...

L'Hexamètre de Quintilien de Elisa Vix, dans la collection Rouergue Noir, 2014


vendredi 21 novembre 2014

La fille de Femme-Araignée

Anne Hillerman est bien la fille de son père Tony, auteur américain de romans policiers ethnologiques, décédé en 2008. Elle marche dans ses pas en reprenant la suite des enquêtes de John Leaphorn. Pari à la fois audacieux et périlleux !
On retrouve Leaphorn, dès les premières lignes du roman. Sous les yeux de Bernadette Manuelito, membre de la police de la Nation Navajo, le vieux flic à la retraite tombe sous les balles d'un tueur qui prend aussitôt la fuite, sans laisser aucun indice. C'est Bernie, la femme de Jim Chee, qui recueille Leaphorn dans ses bras lorsqu'il est abattu. Elle se fait alors un devoir de mener l'enquête aux côtés de Chee. C'est un question d'honneur. Bernie le promet à son ami entre la vie et la mort.
Qui peut en vouloir à Leaphorn ? Règlement de compte au sujet d'une ancienne affaire ?  Une arnaque aux assurances qui aurait mal tournée depuis qu'il est devenu enquêteur privé pour le compte d'assureurs ?  Elle reprend alors les anciens dossiers de Leaphorn pour mettre la main sur le tireur. Elle part également à la recherche de ses proches.  De fil en aiguille, elle tombe sur un dossier lié à l'acquisition de poteries Navajos rares et précieuses et surtout très convoitées par un musée du Nouveau Mexique...
Une fois encore, la culture Navajo est au coeur du récit avec ses mythes, ses objets traditionnels, ses coutumes notamment celles liées à la mort, la structure familiale et toujours les difficultés liées à son intégration dans la société américaine. Anne Hillerman aborde ces questions de façon très féminine et très sensible. Cette écriture à fleur de peau la distingue de celle de son père.
Sans conteste, les femmes sont l'âme de ce roman : Louisa l'amie de Leaphorn, la soeur de Bernie et sa mère, tisseuse. Elle a transmis à sa fille son art que Anne Hillerman  met en en lumière en décrivant avec beaucoup de tendresse les tapis tissés par les femmes Navajos.
Comme son père, Anne Hillerman n'a pas son pareil pour les descriptions de paysages sublimes et immenses. Shiprock, "le rocher ailé" en français, nous paraît grandiose !

Au final, l'intrigue tient en haleine et  le dénouement est  bien ficelé. Certains personnages sont vraiment attachants et touchants. Ce qui  fait de Anne Hillerman une digne héritière de son père. Évidemment, on attend la suite.


La fille de Femme-Araignée, de Anne Hillerman, traduit de l'anglais (américain) par Pierre Bondil, Rivages, 2014

lundi 20 octobre 2014

"Ainsi hallucinait Zarathoustra"

Etre ou ne pas être , tout commence ainsi.  
"Je m’appelle Alper Kamu et j’ai fêté mes cinq ans. A l’approche de mon anniversaire, j’ai passé le plus clair de mon temps posté à la fenêtre, à observer les gens au-dehors. Ils traversaient la vie tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et émettaient toutes sortes de bruits, le regard sans cesse en mouvement. J’étais malade à l’idée qu’un jour je deviendrais l’un deux. Malheureusement, il n’y avait aucune autre issue possible ; le temps s’écoutait, inexorable, et je vieillissais vite."

 Alper Kamu est un gamin stambouliote de 5 ans. Rien de bien particulier jusque là. Sauf que, à l'heure où les enfants sont presque au lit avec leur doudou, lui traîne encore dans la rue ! Il est alors le témoin indirect de l'assassinat de son voisin Hicabi Bey, vieux flic à la retraite. Ertan le Timbré regarde la télé paisiblement à côté du cadavre. L'idiot du quartier tombe à point nommé pour les flics chargés de l'enquête. Il n'en fallait pas plus pour l'accuser du meurtre. Mais c'est sans compter sur Alper, qui décide de résoudre l'affaire. Il s'arme de son revolver en plastique (!)  un Dallas Gold, sèche l'école et part arpenter son quartier d'Istanbul de long en large, et de bas en haut ! Finalement ce sale gamin aura raison de cette affaire, (il en trouve la clé dans un rêve, après avoir ingurgité des champignons hallucinogènes...!)  au nez et à la barbe des flics de la ville.
Hallucinant, non ?

L'histoire de ce gamin ultra précoce et surdoué, "Sherlock" des bacs à sable, parait peu crédible mais, très vite, on se laisse happer par son récit, et on en oublierait presque que Alper n'a que 5 ans. Même si parfois on le retrouve sur les terrains de foot avec ses copains de 8 ans, ou au beau milieu d'une castagne avec une bande du quartier voisin. Ce gamin a bel et bien une tête à claques, avis partagé avec la police locale et le patron de son père ! Quel personnage ! Admirateur de Chostakovitch, Shakespeare Nietzche, J.J. Rousseau, il est aussi amoureux de Alev Abla sa jolie voisine de 20 ans.
On rencontre aussi des personnages tout aussi attachants : femmes fatales, petit épicier turque philosophe, gardien d'usine dur à cuire qui complètent un belle description de la ville d'Isatnbul. On y découvre également un autre visage de la mégapole turque : corruption de fonctionnaires, magouilles en tout genre, justice malmenée.
Au final, c'est un petit polar léger, surprenant surtout, et  franchement très drôle ! Alors pourquoi bouder ce plaisir ?!
Merci tout particulier aux éditions Mirobole (j'avais déjà chroniqué sur "Les impliqués" sur ce blog) qui nous entraînent à chaque fois en terre inconnue du polar (Pologne, Turquie).

 L'assassinat d'Hicabi Bey, Alper Kamu, cinq ans, détective de Alper Canigüz, traduit du turc par Célin Vuraler, Mirobole éditions, 2014

jeudi 9 octobre 2014

Le lecteur de cadavres

Si vous êtes amateur de récits historiques plantés au cœur de la Chine du XIIIe siècle mettant en scène des personnages qui subissent les pires déconvenues, mais au destin incroyable, et que le roman policier vous plaît alors voilà un roman pour vous !

Ci, jeune homme d'origine modeste, voit son enfance anéantie en quelques jours : son frère accusé de meurtre est emprisonné, l'incendie de sa maison cause la mort de ses parents et mis en cause dans une sombre arnaque, il est contraint à la fuite.. Un long voyage riche de mésaventures le conduira avec sa petite sœur malade à Lin'an capitale de l'Empire. Il espère entrer à l'université où il souhaite étudier. Plans contrecarrés quand il apprend que son père a déshonoré la famille, toutes les portes lui sont alors fermées. Il deviendra alors " fossoyeur de la mort" dans un des cimetières de la ville. Devenu expert dans l'art d'examiner les morts, il intègre l'académie Ming. Il semble alors toucher son rêve. Brillant élève, il est repéré par l'empereur qui le sollicite pour élucider une série d'assassinats qui menacent l'Empire.

Difficile de résumer ce gros pavé de 700 pages... Jalonné de rebondissements à foison : Amour et trahisons, déconvenues (quel malchanceux !) et complots, mais aussi roman d'aventures et d'apprentissage.


Voilà l'histoire plus ou moins romancée du premier spécialiste de médecine légale le précurseur de l'autopsie des Experts Manhattan, Song Ci. Car c'est effectivement en Chine que l'on retrouve les premiers textes évoquant la pratique de la médecine appliquée à des enquêtes. A l'époque, ces méthodes allaient à l'encontre des règles du Confucianisme qui interdisait l'ouverture des corps. Ci joue de ses talents de fin observateur pour élucider ces morts, ce qui s'apparente pour certains à de la sorcellerie.

L'intrigue de ce roman policier est plutôt légère, on devine rapidement qui est le traître et le final est sans surprise. Dommage. L'intérêt du livre repose plutôt sur l'Histoire de la Chine médiévale. La cour impériale les courtisanes appelées Fleurs, les eunuques, les règles de la cour, les invasions chinoises, la famille, l'éducation des garçons, la place des filles et des femmes. Et surtout le système judiciaire chinois et la façon dont était rendue la justice. L'usage de la torture y était monnaie courante et la justice impitoyable.

Roman intéressant mais je reste sur ma fin : intrigue trop prévisible, prétexte malgré tout à une page d'histoire chinoise très richement  documentée.

"Le lecteur de cadavres" de Antonio Garrido, traduit de l'espagnol par Nelly et Alex Lhermillier, Grasset , 2014